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Bossuet (Cahiers de Mézeray, 1673):

Il ne faut pas souffrir une fausse règle qu’on a voulu introduire d’écrire comme on prononce, parce qu’en voulant instruire les étrangers et leur faciliter la prononciation de notre langue, on la fait méconnaître aux Français mêmes…. On ne lit point lettre à lettre, mais la figure entière du mot fait son impression tout ensemble sur l’oeil et sur l’esprit, de sorte que, quand cette figure est changée considérablement tout à coup, les mots ont perdu les traits qui les rendent reconnaissables à la vue, et les yeux ne sont pas contents.

Source: Dictionnaire de l’Académie Française, 7e éd. (1877), préface[1]:

On a souvent proposé, il est vrai, et on proposait déjà en 1694, de régler l’orthographe sur la prononciation, tout au moins de la rapprocher de la prononciation le plus possible, d’en faire une sorte de prononciation sensible à l’oeil. Rien de plus séduisant au premier aspect qu’une pareille idée; rien de plus chimérique à un sérieux examen. Cette réforme radicale de l’orthographe, qui donc aurait le droit de l’imposer à tous, ou assez de crédit pour la faire universellement adopter? qui oserait se croire autorisé à porter un pareil trouble dans les habitudes de ceux qui lisent et qui écrivent? L’orthographe et la prononciation sont deux choses essentiellement distinctes; elles n’ont ni la même origine ni le même but. L’orthographe est pour les yeux, la prononciation pour l’oreille. L’orthographe est la forme visible et durable des mots; la prononciation n’en est que l’expression articulée, que l’accent qui varie selon les temps, les lieux et les personnes. L’orthographe conserve toujours un caractère et une physionomie de famille qui rattachent les mots à leur origine et les rappellent à leur vrai sens, que la prononciation ne tend que trop souvent à dénaturer et à corrompre. Une révolution d’orthographe serait toute une révolution littéraire; nos plus grands écrivains n’y survivraient pas[2]. C’est Bossuet qui l’a dit dans une note qu’il adressait à l’Académie précisément sur ce sujet de petite apparence, et de grande conséquence en réalité; note précieuse qu’un savant chercheur a récemment retrouvée et publiée, et qui tranche en quelques mots la question. « Il ne faut pas souffrir, dit Bossuet,... pas contents.»
Que faire donc? S’obstiner immuablement dans la vieille orthographe, n’y admettre aucun changement, écrire, malgré tout le monde, une debte, un debvoir? autre excès que ne repousse pas moins le bon sens de Bossuet. Ici encore l’usage fera la loi, l’usage qui tend toujours à simplifier, et auquel il faut céder, mais lentement et comme à regret. Suivre l’usage constant de ceux qui savent écrire, telle est la règle que propose Bossuet; et c’est conformément à cette règle que l’orthographe s’est modifiée peu à peu dans les éditions successives du dictionnaire, et que de nouvelles mais rares modifications ont encore été introduites dans celle qui parait aujourd’hui.

  1. http://www.chass.utoronto.ca/~wulfric/academie/pref7.htm
  2. En quelque sorte le mot écrit serait, pour le mot dit, sinon son archétype à la manière platonicienne, au moins comme l’anamnèse de cet archétype, porteur du “vrai sens”. La fin de la citation, avec sa dramatisation grandiloquente, rend l’ensemble un peu ridicule. Comme l’idée d’une antériorité au moins logique (mais peut-être aussi partiellement historique - cf. Illich) du mot écrit sur le mot prononcé n’est pas aussi absurde qu’elle parait [accent circonflexe omis conformément aux recommandations de 1990], je rétablis après le saut l’intégralité du paragraphe dont ce passage était extrait.

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